Une plongée ludique entre urbex, tension mentale et survie narrative
Qui nâa jamais connu, au moins une fois, cette curiositĂ© un peu trouble pour les lieux interdits ou en transformation ? Lâexploration Ă la nuit tombante de la maison du voisin encore en construction, la visite clandestine dâune vieille bĂątisse en cours de rĂ©novation, ou encore cette incursion nocturne dans une usine abandonnĂ©e dans la vallĂ©e verte prĂšs de BeaudĂ©an⊠Ces expĂ©riences font partie de ces souvenirs que beaucoup partagent sans toujours les raconter.
Et que dire de cet attrait presque mythique pour cette immense demeure surnommĂ©e âla maison de la sorciĂšreâ Ă BagnĂšres-de-Bigorre, laissĂ©e longtemps en total dĂ©labrement. Son emplacement en pleine ville et ses hautes clĂŽtures en fer forgĂ© ont fini par dissuader ma tĂ©mĂ©ritĂ©. DĂ©sormais, lâaventure nâest plus possible : la maison a Ă©tĂ© rĂ©novĂ©e, effaçant au passage une part de mystĂšre.
đ§© 1 â Un concept singulier
Il existe des jeux qui racontent une histoire. Et puis il y a LâAsile, qui donne plutĂŽt lâimpression de tâenfermer dedans avec une porte qui claque derriĂšre toi, sans forcĂ©ment te demander ton avis.
Emmanuel Quaireau propose ici un livre-jeu oĂč lâon ne se contente pas de lire ou de choisir : nous explorons, nous survivons, nous avançons Ă tĂątons dans une narration fragmentĂ©e qui refuse de se laisser dompter trop vite.
Mais surtout, il dĂ©tourne un format habituellement solitaire pour en faire une expĂ©rience Ă deux joueurs. Chaque participant incarne son propre personnage Ă travers un livret dĂ©diĂ©, avec ses choix, ses contraintes et sa trajectoire propre. Et ces dĂ©cisions ne vivent pas seulement en parallĂšle : elles sâentrelacent, se rĂ©pondent, parfois se heurtent.
Ce qui est fait dâun cĂŽtĂ© peut influencer lâautre. Ce qui est dĂ©cidĂ© seul peut impacter le duo. Et ce qui semblait ĂȘtre une simple visite clandestine devient alors une expĂ©rience Ă double entrĂ©e, oĂč lâissue dĂ©pend autant de soi que de lâautre⊠et de la maniĂšre dont les deux histoires sâaccordent ou se dĂ©saccordent.
Le concept repose sur une idĂ©e simple mais redoutablement efficace : transformer la lecture en expĂ©rience dâimmersion progressive, oĂč chaque choix nâest pas seulement narratif⊠mais presque physique dans sa tension.
On nâest pas spectateur. On est un intrus.
đ„ 2 â Un urbex horrifique
Le point de dĂ©part a tout dâun fantasme dâurbex⊠qui tourne mal.
Un hĂŽpital psychiatrique abandonnĂ©. Des couloirs vides. Des zones interdites. Et cette sensation trĂšs dĂ©sagrĂ©able que le lieu nâest peut-ĂȘtre pas aussi dĂ©sert quâil en a lâair. Nous y progressons comme dans une exploration rĂ©elle : avec cette prudence permanente qui fait scruter chaque dĂ©tail, cette attention aux bruits et aux ombres, et cette impression diffuse, tenace, d’ĂȘtre observĂ©. Le dĂ©cor n’est pas lĂ pour faire joli. Il est lĂ pour mettre sous pression.
Le dĂ©cor nâest pas lĂ pour faire joli. Il est lĂ pour mettre sous pression. Et câest lĂ que le jeu trouve son efficacitĂ© : il ne crie jamais. Un silence trop lourd. Un couloir trop long. Une piĂšce trop vide.
Et soudain, nous réalisons que nous retenons notre respiration⊠pour rien de rationnel.
đČ 3 â Les mĂ©caniques
Sous ses airs de livre-jeu, LâAsile dĂ©ploie un systĂšme hybride oĂč narration et manipulation de supports se rĂ©pondent.
Vous ne suivrez pas une route linĂ©aire. Vous explorez des lieux, gĂ©rez une progression qui ressemble plus Ă une errance hors de contrĂŽlĂ© quâĂ une aventure balisĂ©e.
Les mĂ©caniques reposent sur des choix multiples aux consĂ©quences parfois diffĂ©rĂ©es, une exploration structurĂ©e par zones, et une gestion de la tension qui s’accumule par strates d’informations plutĂŽt que par Ă©vĂ©nements spectaculaires. Ce n’est pas un jeu qui rĂ©compense la prĂ©cipitation.
Ce nâest pas un jeu qui rĂ©compense la prĂ©cipitation. Câest un jeu qui teste la capacitĂ© Ă rester lucide⊠dans un environnement qui ne lâest pas. Et parfois, la dĂ©cision la plus rationnelle reste celle quâon regrette le moins. Ou pas.
đ§ 4 â Ressenti en solo
Une lĂ©gĂšre dĂ©ception, je dois lâadmettre, car jâen attendais Ă©normĂ©ment.
Jâavais encore en tĂȘte Cyclades du mĂȘme auteur – ce jeu qui mâavait littĂ©ralement fait dĂ©goupiller les neurones, dĂ©cupler mon appĂ©tit pour lâexploration et lâaventure, la touche Ă©rotique ne gĂąchant rien de cette expĂ©rience.
Ici, la proposition est clairement diffĂ©rente. Moins ambitieuse dans ses ramifications, plus directe dans sa construction. Et câest Ă la fois une force⊠et une faiblesse. Une force, parce que le jeu devient plus accessible, plus lisible, plus immĂ©diat dans sa tension. Une faiblesse, parce quâon a parfois la sensation de passer Ă cĂŽtĂ© dâune profondeur qui aurait pu ĂȘtre plus riche, plus foisonnante.
Le jeu reste exigeant. Le personnage peut mourir, parfois brutalement, et lâambiance est particuliĂšrement bien rĂ©ussie â oppressante sans jamais devenir gratuite. Mais il persiste une impression tenace : celle de ne pas vivre pleinement la âvraieâ proposition du jeu.
Comme si LâAsile rĂ©vĂ©lait davantage sa nature lorsquâil est partagĂ©.
Et câest peut-ĂȘtre lĂ son point le plus intĂ©ressant⊠et sa limite principale : un jeu qui semble appeler le duo.
Ă faire Ă deux.
đ§Ÿ Conclusion
LâAsile nâest pas un livre-jeu qui cherche Ă rassurer. Câest un livre-jeu qui observe ce que vous faites quand vous ne lâĂȘtes plus vraiment.
Et parfois⊠il suffit dâun silence un peu trop long, dâun couloir un peu trop vide, pour comprendre quâon aurait peut-ĂȘtre dĂ» rester dehors.
Comme certaines portes : elles ne claquent pas toujours fort⊠mais elles se referment rarement sans conséquence.
Autres Chroniques :
Ce livre-jeu est pour vous si :
- vous avez dĂ©jĂ poussĂ© une porte interdite en sachant trĂšs bien que vous n’auriez pas dĂ»
- vous supportez le silence⊠jusqu’au moment oĂč vous rĂ©alisez qu’il vous Ă©coute
- vous avez quelqu’un Ă portĂ©e de main pour partager la panique
Je vous le déconseille si :
- vous aimez savoir oĂč vous allez avant d’y aller
- vous lisez dans les transports en commun et tenez à votre réputation de personne stable
- vous ĂȘtes du genre Ă vouloir finir seul ce que vous avez commencĂ© Ă deux

je suis tout Ă fait d’accord avec ce verdict. J’ai eu un petit goĂ»t amer en le jouant en solo, sentant bien qu’il brillerait plus Ă 2. De toute cette magnifique gamme de De Architectur’art, c’est l’opus que j’ai me moins aimĂ© alors que c’est celui que j’attendais le plus.
mais ce n’ est pas grave, les autres de la gamme sont extra, surtout les Ăąmes seules qu’on peut jouer depuis le fond de son lit assez facilement pour une ambiance trĂšs dark. Sans oublier le phare, autant livre que jeu, Ă jouer Ă table, qui est magistral
et maintenant, j’ai trĂšs envie de dĂ©couvrir cyclades đ
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