💀🌵 La Porteuse de Mort : western stellaire – Stark Holborn

ALBIN MICHEL IMAGINAIRE

Dix Low ne sauve pas les vies par bonté d’âme. Elle les compte.

Ancienne médecin militaire, Dix Low porte un surnom qui n’a rien d’une coquetterie : dix ans de prison, dix ans rayés de sa vie. Depuis la fin de la guerre, elle survit sur Factis, lune pénitentiaire aride, refuge des condamnés et des légendes; notamment celle des Si, entité insaisissable que beaucoup préfèrent ignorer.

Parce qu’elle entretient avec eux un rapport singulier, presque intime, on la surnomme la Porteuse de Mort. Une nuit, peut-être pour tenter de solder ses comptes, Dix Low extrait une adolescente des décombres d’un vaisseau fraîchement abattu. Seule survivante. Et première surprise : Gabriella Ortiz n’est pas une gamine ordinaire. Fruit d’un programme de génétique militaire, elle est général.

Mais le pire reste à venir. Le crash n’est pas le fruit du hasard, ni d’une escarmouche de trop : il s’agit d’une tentative d’assassinat soigneusement ciblée. Pour quitter Factis et échapper à ceux qui les traquent, les deux femmes, ennemies par leur histoire et leur camp, concluent un pacte fragile. Un accord précaire, promis à l’implosion si Ortiz venait à découvrir le rôle exact que la Porteuse de Mort a joué pendant la guerre.

🩺⚔️ Deux maîtresses-femmes

Dix « Doc » Low tient un compte, ou plutôt un décompte obsessionnel. Pour nous, lecteurs, il ressemble à une litanie mystérieuse. Sa détermination à le tenir à jour, voire à l’équilibrer, intrigue et fascine.

Chaque vie sauvée la rapproche de son objectif ultime. Ce nombre, inconnue dans une équation énigmatique, justifie les risques qu’elle prend. L’obligation morale qui la guide est vitale.

Lorsqu’elle sauve Gabriella Ortiz, mettant en lumière une fois encore les extrémités qu’elle consent à endurer, son jusqu’au-boutisme frise la témérité suicidaire, à l’image du cavalier de Clint Eastwood dans Pale Rider… dont elle partage certaines caractéristiques : tempérament, mystère, une forme d’abnégation…

En face, la Générale Gabriella Ortiz, adolescente (oui, oui, le grade n’est pas usurpé), fruit d’expériences génétiques et d’un élevage accéléré en cuve. Inflexible, rigoureuse, elle excelle dans l’art de la guerre et voue une haine implacable aux ennemis de l’Accord. Enfin, détester est un doux euphémisme !

Ce duo ne peut pas fonctionner sur le papier et ne perdure que par l’adversité qui les contraint, malgré des buts divergents. Seule une prime rondelette, offerte par l’une à l’autre, crée un terrain d’entente. Il leur faut ramener la générale en lieu sûr, un poste avancé de l’Accord.

Ce sont les obstacles, les connards de poil ainsi que les déboires variés qui feront germer peu à peu un respect mutuel entre elles, puis une gratitude toute mesurée. Car n’oublions pas : Doc tient un compte, et une vie sauvée l’oblige.

Entre-temps, nous avons tout l’étalage des classiques du genre, présents dans nombre de westerns, où deux personnes antagonistes se voient contraintes de collaborer. L’une met en lumière l’autre, accentuant les défauts, soulignant les forces, et permettant de savourer, ici, deux maîtresses-femmes, dotées certes de deux tempéraments différents, mais trempées dans le même bain.

🌵🔫 Le Doc, la Brute et les Tueurs

L’action se déroule sur Factis, caillou perdu dans la galaxie, dépotoir de l’engeance humaine, où les prévenus achèvent leurs jours – ou une partie de leur peine.. Souvent associés en surnom avec le montant d’années offertes à la réclusion, leur patronyme étale une partie de leur casier. Ainsi, vous pouvez croiser « Cinq » Damovitch, ou, pour le cas qui nous occupe, « Dix » Low.

Peuplée d’irréductibles, la planète n’offre guère de paradis : pas de sable fin ni d’eaux turquoise, malgré un soleil resplendissant. Un peu trop rude, sans doute, pour les plus fortunés. Les colons ne se bousculent pas au portillon, et nous pouvons les comprendre, vu le coupe-gorge ainsi créé. La population se trouve donc fort réduite, les forces de maintien d’un minimum d’ordre – les Pacificateurs – clairsemées et surtout retranchées dans leurs forts.

Cette faune se divise en plusieurs factions ou bandes assez savoureuses, notamment une qui s’occupe de toute personne blessée et perdue dans le désert d’une manière tout en bistouri… C’est une des raisons qui explique en quoi l’action de Doc est téméraire lorsqu’elle aide un pauvre hère mal en point à l’orée des Friches…

Tout contribue à l’impression de western : Friches, Bordure, Hell, la végétation minimaliste, les canyons. Même les noms des vaisseaux et équipements : Mulet, Charis, Longrider… et les serpents, renforcent cette hostilité. Jusqu’au marshall, dur à cuire et parfaitement enfoiré.

Néanmoins, La Porteuse de Mort ne se contente pas d’être une resucée améliorée d’un énième Mad Max ou une version musclée de Cowboy et Envahisseur avec Harrison Ford et Daniel Craig. Le roman a une identité qui lui est propre, de par ses personnages fort de café et ses rôles secondaires bien détaillés. Je pense notamment à Falco Maladie (un surnom hérité de son passage entre quatre murs), avec un coup de cœur pour ma part pour la tenancière Esterházy !

De même, il ne se repose pas seulement sur son ambiance ou l’opposition de deux tempéraments que bien des choses, et une guerre, opposent.

Il y a les Si

Les Si passent pour une légende. Officiellement. En pratique, personne ne se risque à les nier trop fort. Sur Factis, on détourne le regard, on touche du bois, on évite certains lieux sans jamais expliquer pourquoi. On dit qu’ils étaient là avant les humains et qu’ils se sont retirés vers les marges : les Friches, la Bordure; cet endroit dont on ne revient pas, où l’obscurité avale jusqu’aux certitudes.

Évanescents et effrayants, les Si apparaissent quand le doute s’installe. Ils se glissent dans les failles, les possibles non tranchés, les paris perdus d’avance. Inquiétants, insaisissables, ils hantent le roman comme une menace diffuse, et c’est cette présence sourde qui permet à La Porteuse de Mort de dépasser le simple récit de coups de feu et de survie.

👻🌑 Une surprise de taille

Ce roman m’a attirée pour sa promesse western, et j’avoue avoir éprouvé une incertitude quand j’ai lu des comparaisons avec Mad Max, que je n’apprécie pas beaucoup, malgré la présence de Mel Gibson (ou Tina Turner, et sa musique) : trop de violence gratuite qui explose sans laisser de place à l’humain. Ici, dans La Porteuse de Mort, la rudesse est assumée, mais elle sert toujours les personnages – elle les forge, elle les brise, elle les lie.

Nous pouvons toutefois faire quelques parallèles en raison de la violence assumée et de la rudesse de cette vie -ou de cette mort. Pourtant, j’ai senti une fibre plus proche de Firefly. Ce n’est pas l’aspect western SF que les deux œuvres partagent qui me pousse vers cette comparaison. Il s’agit d’un esprit et de quelques caractéristiques.

Nous avons une entité politique toute-puissante qui impose des règles communes aux deux factions. Les colonies extérieures s’y sont développées sans aucun soutien, ainsi de nombreuses planètes et lunes externes ont-elles des environnements secs et inhospitaliers, particulièrement adaptés à l’ambiance western comme avec La Porteuse de Mort.

Outre l’aspect contrebande, les factions rivales et des bandes extrêmement dangereuses, la présence de River complète ces similitudes, et crée une certaine filiation dans mon esprit. (River est une enfant prodige, qui a servi de cobaye pour des expériences menées sur son cerveau par des scientifiques de l’Alliance, au sein d’une institution secrète gouvernementale.)

J’adore Firefly… Aussi, découvrir des points d’achoppement entre cette série et La Porteuse de Mort a été une très belle surprise. Je tiens à souligner que le roman reste tout à fait indépendant.

En effet, d’autres éléments renforcent l’intérêt du récit : qui sont Gabriella Ortiz et surtout Dix Low ? Quel est le secret inavouable de notre Doc ? Pourquoi veut-on se débarrasser de la générale ? Qui sont les Si ?

🔥🌌 Conclusion

La Porteuse de Mort ne se limite pas à une histoire de survie. Derrière la brutalité de la guerre, l’enrôlement des enfants et l’horreur partagée par chaque camp, surgissent des éclats de lumière : la bravoure inattendue, la loyauté farouche, et cette foi fragile mais tenace en la rédemption. Dix Low et Gabriella Ortiz ne sont pas que des héroïnes de papier : elles nous rappellent que même dans les ténèbres, certaines vies peuvent compter, certaines décisions peuvent peser, et certains mystères continueront de hanter Factis bien après la dernière page.

Sur cette lune de poussière et de sang, quelques vies comptent plus que tout; et certaines décisions font trembler l’univers.

Autres critiques :

Le Nocher des livres – Feygirl – Outrelivres – Carolivres –

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez les univers rudes et sans pitié
  • vous souhaitez lire des récits tirés au couteau
  • vous adorez les duos que tout oppose
Je vous le déconseille si :
  • vous n’aimez pas la testostérone pour tous
  • vous chercher un peu de douceur alien
  • pour vous les western c’est limite fin 1900, limite, hein..

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La Porteuse de Mort de Holborn

6 réflexions sur “💀🌵 La Porteuse de Mort : western stellaire – Stark Holborn”

  1. J’avais moi aussi bien aimé cette histoire. Et le mélange western SF me rappelle l’âge d’or de notre genre favori, quand les auteurs et les autrices se partageaient entre ces deux genres (histoire de gagner leur vie). La belle époque de Leigh Brackett entre autres.

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