Les Flibustiers de la Mer Chimique – Marguerite Imbert

Albin Michel Imaginaire

Tout commence par un naufrage. Ismaël, naturaliste de Rome, agonise sur un radeau de fortune quand il est repêché par le Player Killer, un sous-marin capable de naviguer dans les courants acides. Maintenant prisonnier des flibustiers de la mer chimique et de leur excentrique capitaine, Ismaël se demande comment réussir sa mission. Sur la terre ferme, la solitude n’a pas réussi à la graffeuse Alba – omnisciente ou presque. Bien qu’elle ait tendance à confondre les dates et les noms, elle est choisie pour incarner la mémoire des survivants. Dans une Rome assiégée par les flots toxiques de la Méditerranée, la jeune femme va apprendre à ses dépens que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Et si, séparés par des milliers de kilomètres, ignorant tout l’un de l’autre, Ismaël et Alba cherchaient à percer la même énigme ?

Un monde Post-apocalyptique

Ce n’est pas n’importe quel monde post-apocalyptique que Marguerite Imbert nous donne à explorer : c’est bien le nôtre, revisité, déformé, amplifié. À quelle époque et par quels chemins ? C’est l’un des grands mystères de Les Flibustiers de la mer chimique.

Dès son titre, le roman promet un décor d’aventure rouillée : vapeurs toxiques, étendues d’eaux aux teintes incertaines, terres arides aux reflets jaunes fluo. « Flibustiers » évoque la haute mer, les tempêtes et la promesse de périples corsés. Et, en effet, le lecteur est plongé en eaux profondes, à bord d’un sous-marin — car ici, les océans sont devenus irrespirables.

L’itinéraire proposé est autant géographique qu’historique. Dans ce futur incertain, le Pacifique est devenu une zone de non-droit, refuge de marginaux et de bandes organisées. Un espace sans pitié, dénué d’humanité — du moins en apparence. Face à cette barbarie, se dresse LE dernier phare dans la nuit : Rome, capitale survivante, bibliothèque des savoirs, ultime bastion d’ordre et de mémoire.

Au fil du voyage, on croise des créatures titanesques dérivant sur des mers devenues des décharges toxiques. Parmi elles rôdent les Mâts, organismes marins mutants aux intentions pour le moins croquantes. Et quand un sous-marin surgit des flots — le Player Killer —, l’espoir renaît. Mais son capitaine, Jonathan, n’a rien d’un sauveur. À la tête de ses flibustiers, il écume les mers à la recherche de vitamines et de médicaments, les trésors d’un monde en ruine. Mi-Achab, mi-pirate, il navigue entre survie, cynisme et fascination pour le chaos (et les jeux vidéo).

Pendant ce temps, sur la terre ferme, dans une grotte française oubliée, Alba, enfant surdouée et dernière Graffeuse, est enlevée par Horeb et sa bande. Leur objectif : la ramener à Rome, où la Métareine et Jericho l’attendent pour succéder au précédent Graffeur. Le chemin sera semé d’embûches, de dangers et de mauvaise foi — mais Alba a plus d’un plan en tête.

Un duo marqué

Marguerite Imbert construit un univers foisonnant, quelque part entre Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne et une fable corrosive de notre temps. Son écriture, vive et décomplexée, alterne les voix d’Ismaël et d’Alba : d’un côté, la réflexion posée et mélancolique, presque philosophique d’un naturaliste vieillissant ; de l’autre, un verbe électrique d’une enfant qui en sait trop, trop de mots, trop de souvenirs et trop de science alternative. Deux visions du monde, deux façons d’habiter la fin du monde. Ces deux narrateurs sont le cœur battant du roman : touchants, dérangés,… humains.

Derrière la satire et le grand spectacle, Marguerite Imbert livre un constat amer : la Terre n’a jamais eu besoin de nous. Elle s’adaptera, quoi qu’il advienne — avec ou sans l’humanité.

Les Flibustiers de la mer chimique est un roman riche, engagé et visuellement puissant, une épopée post-apocalyptique pleine d’ironie, aussi dérangeante que fascinante.

Ce livre est pour vous si :
  • vous adorez 20 000 lieux sous les Mers
  • vous êtes effrayé à l’idée de mettre un orteil dans la mer
  • vous pensez que le monde tourne autour de l’Homme
Je vous le déconseille si :
  • engagez-vous qu’ils disaient, ça vous saoûle!
  • vous ne supportez plus les romans aux avenirs sombres
  • Vous souhaitez avoir un cadre temporel assez carré.
Autres critiques :

signalez-vous, j’ai été longtemps absente et je ne sais plus qui à écrit quoi.

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Flibustiers de la Mer Chimique – Marguerite Imbert

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