Eversion – Alastair Reynolds

La dernière lecture d’un texte d’Alastair Reynolds remonte à quelques mois avec La Millième Nuit qui m’avait enchantée après quelques déceptions sur plusieurs romans de l’auteur britannique. Eversion renoue avec cet émerveillement, le récit est captivant, la proposition remarquable dans sa construction et dans la spéculation proposée.

Un petit conseil : arrêtez-vous à cette magnifique couverture qui allie invitation au voyage, projection dans un univers autre, et enfin chatouilles à la curiosité! Vous n’en serez que plus emballés.

Itération

Nous connaissons tous le principe de la boucle temporelle faisant revivre les mêmes événements aux protagonistes jusqu’à ce qu’ils trouvent la clef de leur libération. En cela, le roman de Reynolds reprend des bases connues et maîtrisées, ici, à la perfection.

Au XIX° siècle, une poignée de personnages, en premier lieu Silas Coade chirurgien du bord et narrateur de l’histoire, s’est embarquée à bord du Déméter à la recherche de l’Édifice. Cette expédition est financée par Topolsky qui détient ses informations d’une source qu’il garde jalousement secrète, tout au moins partiellement. Parmi les membres de premier plan, nous trouvons le sympathique et efficace Capitaine Van Vught, le Colonel Ramos chargé de la sécurité de tous et enfin Ada Cossile dont le rôle nous échappe et qui ne cesse de faire des remontrances à notre bon docteur.

Puis, un matin, la vigie signale une fissure dans une falaise, correspondant au chenal menant à l’ Édifice. Cette nouvelle provoque émoi et excitation, car la renommée et la richesse sont à bout de longue-vue. Le Capitaine van Vught prend toutes le précautions nécessaires avant d’engager le Déméter dans la passe. Hélas, la turpitude des éléments le trahit, le bâtiment s’échoue et tout le monde meurt.

Plus part nous retrouvons chacun d’entre eux, à bord du Déméter à la recherche d’un passage vers l’Édifice. L’équipe parvient à se faufiler dans la passe, mais le sort s’acharne à nouveau et tout le monde meurt.

Encore plus tard à bord du Déméter, toujours à la recherche d’un issue vers l’Édifice, tout le monde meurt.

Présenté ainsi, l’originalité du roman ne vous saute pas aux yeux. Néanmoins, Alastair Reynolds réussit à rendre son récit unique, avec quelques variations d’itération en itération. Je ne peux guère en dévoiler la nature car leur découverte participe à l’intérêt et au charme d’Eversion. Sachez simplement que ces dernières font tout le sel du roman, tandis que la clef de voûte de l’histoire vous mènera loin dans la réflexion,…

Les Personnages

Notre charmant Silas Coade, écrivain amateur dont le texte se trouve moqué régulièrement par Ada Cossile, est donc le narrateur de l’histoire. A travers son récit, l’auteur nous offre les pièces d’un puzzle qui nous échappe complétement dans les premiers chapitres, tout autant qu’au médecin. Quelques réminiscences, une impression de déjà-vu, des brides de rêves ou de souvenirs le poussent à s’interroger, sans qu’il parvienne à faire le lien.

Peu à peu, en compagnie de Ramos et d’Ada Cossile, il suspecte cette itération, s’interrogeant sur sa nature et sa raison. Mais, tout comme nous, longtemps les clefs lui manqueront.

La boucle semi-temporelle évolue, évitant ainsi de nous lasser avec une sempiternelle comptine, et c’est une des forces du récit comme je l’ai souligné auparavant. Les personnages, tout en restant eux-même, vivent cette évolution en s’y adaptant, préservant la cohérence d’ensemble et un intérêt renouvelé. Alastair Reynolds fait preuve d’une maîtrise consommée dans cette dernière, il apporte quelques touches dans leur fonction, des nuances dans leur langage et approfondit leur relation.

L’écriture de leurs interactions s’avère un petit bijou en soi : par exemple, nous sommes témoin d’une amitié qui se solidifie, d’une inimité qui devient épidermique et d’une attraction qui se concrétise, les boucles jouant sur ce registre à chaque itération.

Une construction d’horloger

Les changements à chaque voyage associés à la subtile évolution des personnages ainsi que de leurs interactions nous plongent complétement dans le roman, car nous ne cessons de nous interroger sur le fin mot de l’histoire. Peu à peu, nous percevons ce que dissimule d’Edifice, échafaudons des théories… qui prennent l’eau régulièrement. Les pièces du puzzle sont pourtant toutes inclues, ici et là, à portée de vue, hélas évasives bien souvent. Aucune d’entre elles n’est en trop, si parfaitement placée, glissée. C’est une fois la lecture achevée que nous nous rendons compte de l’élégance et du travail d’orfèvre proposé par Alastair Reynolds.

Malgré les apparences, il s’agit d’un roman de hard-sf, avec une thématique finale aboutie qui mérite d’être tue pour que la découverte soit complète. Enfin, Eversion n’est à rechercher dans le dictionnaire qu’une fois la dernière page lue, et le puzzle, le tout s’illustrera, se dévoilera à la perfection!

Le plume de l’auteur est fort agréable, avec un langage adapté aux itérations, riche, et de l’humour bien dosé – surtout au deuxième degré. La traduction de Pierre-Paul Durastanti lui rend justice.

A savourer en s’y jetant les yeux fermés! Du grand Reynolds (enfin).

Ce livre est pour vous si :
  • Vous adorez les romans d’aventure
  • Vous aimez les jeux de piste
  • Vous avez envie d’une fin qui vous fait waouh!
je vous le déconseille si :
  • tu as dit hard-sf ?!!!!
  • J’ai le mal de mer

Autre critique :

OrionBoudiccaFeygirlBlabla de tachanMon Troll Le makiYuyine

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Eversion de Alastair Reynolds

7 réflexions sur “Eversion – Alastair Reynolds

  1. […] Ma chronique : Les connaisseurs de l’œuvre d’Alastair Reynolds seront surpris par le démarrage du roman, très éloigné de ses univers space-opera habituels.Au XIXe siècle, une expédition maritime à bord du Demeter longe la Norvège pour trouver la fissure, une brèche dans une monumentale falaise qui signalerait l’entrée d’une mer intérieure. Au fond de cette mer se dresserait un mystérieux Édifice gigantesque, selon les dires de celui qui finance l’expédition : il aurait reçu les témoignages d’une expédition précédente qui naviguait sur l’Europe. Silas, chirurgien à bord du Demeter, nous narre cette aventure où quelques touches fantastiques m’ont fait un instant penser à Terreur de Dan Simmons. Mais l’auteur ne goûte pas l’horreur, et un retournement de situation surprenant rebat les cartes.Impossible d’en dire beaucoup plus sans dévoiler un des ressorts narratifs qui font le sel de ce roman, mais on retrouvera l’Alastair Reynold qu’on connaît, dans l’espace, et ici avec des intelligences artificielles. En effet, le début ressemble à un roman historique, jusqu’à la prose très étudiée qui nous plonge en un autre temps, pour évoluer à son rythme vers un récit de science-fiction très prenant.Plusieurs réalités se parlent, jusqu’au moment où on comprend le fin mot de l’histoire. Alastair Reynold a su pleinement exploiter la mécanique des répétitions, tout en restant subtil dans son maniement. La construction narrative est au service d’une idée, le mystère s’épaissit puis où le lecteur décrypte enfin l’énigme. Le récit continue et le rythme devient haletant car les personnages ne sont pas au bout de leur peine. La conclusion, très satisfaisante, offre cette aura de doux amer comme savent le proposer les meilleurs des auteurs.Autres chroniques dans la blogosphère : Just a Word, Gromovar, FeydRautha – l’épaule d’Orion, Nevertwhere, Boudicca – le Bibliocosme, Célinedanaë – au pays des cavetrolls, Tachan, la non-chronique du Chien critique, Elwyn – Navigatrice de l’imaginaire, Yogo – Le Maki, Lutin – Albedo, […]

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